Le marché immobilier à Saint-Barthélemy est serein après Irma

Sibarth Real Estate fut l’une des premières enseignes de Gustavia à rouvrir après le passage des cyclones. Christian Wattiau, président de l’agence, évoque les conséquences à prévoir d’Irma sur le marché immobilier.

Pourquoi était-il important de rouvrir rapidement Sibarth Real Estate ?

A plusieurs titres, il était primordial d’ouvrir dès que possible. Notre nouvel espace inauguré en décembre 2016 étant inondé, il fallait pour nous -mêmes le nettoyer et le faire revivre sans perdre un jour. La rue de la République devait oublier cet aspect austère si inhabituel des devantures closes et des volets défoncés. Nos clients, mais aussi le public dans son ensemble, avaient besoin de retrouver les contacts humains au sein de notre agence, et ses communications. Et il fallait soutenir, même à la manivelle, le redémarrage du moteur économique de l’île ! Notre équipe de 10 professionnels, très soudée, très attachée à l’île, s’est mise à la tâche sans relâche pour une réouverture au public le 21 septembre. Une performance qui a renforcé la cohésion d’équipe et les valeurs humaines de la société, qui n’avait pas pour première motivation la conclusion de nouvelles transactions, mais plutôt une mission d’accompagnement et d’assistance au profit de tous.

Quel regard portez-vous sur les événements cycloniques de cette année ?

Un nouveau test est en train d’être passé. Les cyclones ne sont pas nouveaux à St-Barth mais, cette année, leur puissance, leur cadence et leur réactivité sont inédites. La population de l’île est généralement sensibilisée et préparée aux cyclones, ce qui se traduit dans l’architecture traditionnelle. Mais, selon la tendance des dernières années en matière d’accueil touristique, les villas sont aujourd’hui plus vastes, et leurs ouvertures vitrées plus grandes pour profiter des superbes vues de l’île. Pour l’avenir, il faudra sans doute repenser au juste compromis architectural, sauf à parfaire les techniques de protection anticyclonique.

Avec votre légitimité de 40 ans d’expertise locale en immobilier, comment voyez-vous le marché après Irma ?

Le premier parallèle qui vient à l’esprit remonte à 1995 avec Luis, un autre cyclone dévastateur. Moins de maisons affectées, certes, mais un grand coup porté aux infrastructures, aux plages et à la nature en général. Les propriétaires, bien assurés, se sont alors affairés à la remise en état de leur bien et l’ensemble du parc locatif était rétabli pour les fêtes de fin d’année, hormis les propriétés en bord de plage. A l’époque, en 3 ou 4 mois, nous n’avons formalisé aucun nouveau mandat de vente ni baisse de prix sur les listings existant. Cette année, l’attitude des propriétaires paraît très similaire, le marché est serein, et je prédis qu’il le restera. A St Barth, cette sérénité assure le maintien des valeurs immobilières, et donc la sécurité des investissements immobiliers dans le long terme. Mais il est vrai que l’activité a chuté dans le court terme, avec pour conséquence un manque de liquidité provisoire pour ce type d’actif.

Ne pensez-vous pas qu’un événement si traumatisant puisse avoir cette fois des répercussions plus sévères ?

Il faut se rappeler que les cyclones ne sont pas les seuls écueils du marché immobilier. Historiquement, de nombreux événements l’ont fortement perturbé, comme la récession économique de 1991-92, l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 à New York, la crise financière mondiale sans précédent de 2008… Il est d’ailleurs intéressant de constater que ces menaces sont presque toujours d’origine externe à l’île, hors de son fait et donc de son contrôle. A chaque fois, le marché ralentit – ce qui en soi est parfois une bonne chose – puis repart avec le temps. Par contre, il est vrai que la sévérité de l’événement engendre cette fois une situation sociale fragilisée pour de nombreux résidents, pour certains sans emploi, voire sans toit, et pour eux la situation est très difficile.

En conclusion, vous semblez malgré tout positif pour l’avenir ?

Absolument, d’autant plus que d’autres facteurs non financiers viennent encore ajouter à l’attrait de St Barth après une telle épreuve, s’il en fallait. L’excellente gestion de la crise par la Collectivité, la solidarité des habitants, quelle que soit leur communauté d’appartenance, le dynamisme de tous pour la reconstruction, le soutien des propriétaires et visiteurs étrangers sont autant d’atouts qui rendent la société locale et son cadre de vie encore plus attrayants pour beaucoup. Quelle force collective exceptionnelle démontrée par St Barth !

Photo Girl Paddle par Sébastien MARTINON